Une aventure humaine et professionnelle hors du commun
Rien ne prédestinait Cécile à poser ses valises au Rwanda cet été 2025. Enseignante référente pour la scolarisation des enfants en situation de handicap en France, habituée à conseiller les enseignants qui accueillent des élèves avec des besoins particuliers et à gérer une centaine d’AESH (Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap), elle envisageait plutôt l’Amérique Latine pour son prochain voyage. Mais les chemins de traverse ont parfois une façon bien à eux de nous mener là où nous devons aller.
Kigali : une arrivée sous le signe de la rencontre
6h30 du matin, aéroport de Kigali. Après une nuit dans l’avion, Cécile est accueillie par Joseph, son hôte et chauffeur, « doux, calme, serein comme sa jolie maison en construction ». Pendant deux journées intenses, il lui fait découvrir la capitale rwandaise : ses rues animées, ses districts, ses quartiers, le marché, le parc de Nyandungu et sa végétation luxuriante. Deux jours de rencontres, d’échanges, de sensibilités qui se répondent.
Mais la journée la plus marquante reste la visite du mémorial du génocide de Kigali, à Gisozi. Cécile ne retient pas ses larmes. Il est impossible, dit-elle, de comprendre la situation sur place sans passer par là. Ce lieu de mémoire, qui honore les victimes du génocide de 1994, est un passage indispensable pour quiconque souhaite appréhender le Rwanda d’aujourd’hui dans toute sa complexité et sa résilience.
En fin de journée, Joseph l’emmène sur l’un des points les plus hauts de la ville pour regarder le soleil disparaître à l’horizon. « Une boule de feu qui tout à coup dans le ciel se fond, comme par magie. » La proximité de l’équateur change le regard, et avec lui, quelque chose de plus profond.
Cap sur Butare : l’OPDE, havre au cœur des collines
Le troisième jour, direction Butare — officiellement rebaptisée Huye depuis la réforme administrative de 2006, mais que les Rwandais continuent d’appeler par son ancien nom. 140 kilomètres par la route, trois heures et demie de trajet avec Joseph, à traverser des paysages de rizières, de forêts d’eucalyptus et de collines omniprésentes. Sur le bord des routes, des cyclistes chargés de bidons d’eau, de bottes de foin ou de canne à sucre témoignent du quotidien d’une population encore largement rurale.
À l’entrée de l’OPDE, Cécile ne peut retenir ses larmes — « de jolies larmes qui ont probablement le goût de bonbon ».
L’OPDE (Organisation pour la Protection et le Développement de l’Enfant) a été fondée en 1997 par l’abbé Bruno Nkonji. Sur un terrain de près de trois hectares, l’association protège les droits fondamentaux des enfants rwandais vulnérables — enfants des rues, orphelins, jeunes issus de familles en grande précarité — en les réintégrant dans la vie sociale, scolaire et économique. Depuis sa création, plus de 900 enfants et jeunes adultes ont été pris en charge.
Cécile est accueillie par Solange, responsable du projet d’autonomisation des femmes, et son fils Claudien, directeur de l’association depuis le décès prématuré de son père Polycarpe début 2024. Elle retrouve également Alexis, l’animateur qui l’accompagnera tout au long de sa mission — lui-même ancien résident de l’OPDE, recueilli enfant dans cette même structure.
La mission : l’animation en actes
Cécile est venue pour animer. Et animer, dans ce contexte, c’est un art à part entière.
La barrière de la langue est réelle : Alexis ne parle pas français, Cécile ne parle pas kinyarwanda. Quelques jeunes baragouinent un anglais approximatif. Mais, comme elle le dit elle-même : « les corps, voix, mouvements se répondent. »
Les ateliers du matin tournent autour de la musique, du chant et des percussions. Le premier jour, 15 jeunes sont attendus. À la fin de la séance, ils sont plus de 20. Le lendemain, 33. Puis 40. Les tables sont repoussées contre les murs pour faire de la place. On alterne percussions corporelles, jeux rythmiques, danses. Certains jeunes, d’abord timides, s’emparent de l’espace pour devenir leaders, invitant les autres dans leurs créations. Les talents émergent, les personnalités s’expriment.
Des instruments sont fabriqués avec ce que l’on trouve : cailloux, bouteilles, bouts de bois, bâtons, feuilles, morceaux de tôle. « Il ne faut pas grand chose : partager, vibrer, chanter, se rejoindre. »
L’après-midi, place au football sur le grand terrain en bas de la colline. Certains jouent en chaussettes, d’autres en crocs, d’autres pieds nus. La joie est là, entière, sans condition.
Des enfants qui veulent juste être des enfants
Derrière les rires et les danses, Cécile découvre les histoires de chacun des douze enfants résidant à l’OPDE. Ernestine, Clémentine, Jessica, Emmanuel, Jean de Dieu, David, Deo, Patrick, Hervé, Wilson, Cédrick… Tous ont vécu dans la rue. Tous ont une histoire singulière et douloureuse : mères malades ou décédées, pères alcooliques et violents, familles dans une précarité extrême, incapables de nourrir leurs enfants. Certains ont fui des foyers où la maltraitance était quotidienne. D’autres n’ont tout simplement plus de famille connue.
« Dans la rue, l’on croise des personnes mal intentionnées, des prédateurs qui contre quelques monnaies ou un morceau de pain abusent de ces enfants extrêmement blessés. »
Ce qu’ils veulent, ces enfants ? « Rire, jouer, être écoutés, câlinés, manger, boire, apprendre, avoir des chaussures, être respectés, dormir en sécurité. Être enfants. »
Une collaboration exemplaire
La relation entre Cécile et Alexis a été, de l’aveu même de Cécile, une super collaboration. Lui seul pour gérer l’ensemble des enfants cette année, avec elle à ses côtés. Pas de langue commune, mais une entente évidente, une complémentarité naturelle. Elle exprime également son excellente entente avec Solange, dont l’énergie, la vision et la force de travail l’ont profondément impressionnée.
Ses conseils pour ceux qui voudraient suivre ses pas
Cécile revient avec quelques conseils concrets pour toute personne envisageant une mission similaire :
Sur les activités à proposer : travailler avec ce que l’on trouve sur place. Privilégier des activités où la parole n’est pas nécessaire — la langue n’est pas un obstacle si l’on passe par le corps, la musique, le jeu.
Sur le matériel à apporter : des jeux pour l’extérieur, un ballon de football, des pièces de monnaie pour les petits jeux d’adresse.
Sur l’état d’esprit : « Être soi. Très tolérant. »
Et après ?
Cécile repart avec le cœur plein. « Tout était extraordinaire, et je pèse mes mots. » dit-elle. Elle souhaiterait revenir l’an prochain, cette fois pour travailler auprès de jeunes adultes, une nouvelle étape dans cet engagement qui, visiblement, n’en est qu’à ses débuts.
Le Rwanda l’a transformée. Les collines, les enfants, les tambours INGOMA, les femmes des coopératives, le café du mont Huye dégusté chaque matin, les sourires croisés dans les chemins de terre… Tout cela résonne encore. Et résonnera longtemps.
MURAKOZE, Rwanda. Merci pour tout.
Pour voir son carnet de voyage, c’est par ici : https://www.polarsteps.com/cecilec23456789101112/19437057-rwanda-volontariat?s=38c3d71b-7504-407b-b149-91adf43c7495




